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Premier décollage en faces Est ce matin, Michel Bouillol avec son ASW20 la saison commence bien!
Ils ne savaient pas que c'était impossible, ils l'ont fait.....
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Salut,

 

A quand le suivi en live des copains, entre midi et 2 au boulot avec seeyou 4.0.

 

On arrête pas le progrès,... Michel non plus. :mdr:

 

Bruno

 

Info minute : de jolies barbules côté revard depuis 10h ce matin !!!

au moins 16 ou 1700 de plafond.

Edited by Bruno

"Dès lors que vous aurez gouté au vol,

vous marcherez à jamais sur terre

les yeux levés vers le ciel"

Léonard De Vinci

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Belle petite journée, pour ma je suis parti tard 13:30 avec au largage 2.5 et 2600 puis un petit détaour par le Mt Blanc (le terrain de Sallanches et encore là) puis belledonnes avec à peine 2300 et vz 1 à 2 puis un petite rallonges vers le nord Pte d'andey

La neige n'a pas permis des départ beaucoup plus tôt dommage !!!

Lionel
La vocation, c'est d'avoir pour métier sa passion,
Une erreur peut devenir exacte. Il suffit que celui qui l'a commise se soit trompé
Je ne râle pas, je m'indigne . Je ne juge pas, je dénonce. Je ne dénigre pas, je rouspète.

http://planeur.phpnet.org/images/flarm_pixel.png http://planeur.phpnet.org/images/netcoupe.net_pixel.png

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Résultats, Michel est allé virer Chamonix puis dans les Belledonnes, Henri en Janus est allé voir la mer de glace, le Collet d'Allevard puis la pte d'Andey etquelques autres vols intéressant : pour une mi-mars pas mal!!Dommage que je sois resté à l'atelier... :rolleyes: :P:sick::mdr::mdr:
Ils ne savaient pas que c'était impossible, ils l'ont fait.....
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Suite au message

Recuperation du planeur en helico. Le cout peut facilement depasser le valeur d'un planeur

Ca peut coûter aussi deux fois le planeur... :mdr:

 

Voir "Les deux vies du BN"

 

Les deux vies du BN
on m'a demandé si Michel Bouillol avait écrit d'autres textes de cette qualité.

 

En attendant peut-être que Patrick nous l'incorpore à la page idoine du site http://www.csvva.org

je vais essayer de vous afficher un récit qu'il avait écrit pour notre revue "ALBERT" en 1985,

racontant un vol avec son planeur d'alors, l'ASW20F X99 (Nonante-neuf pour les intimes)

et qui pourrait bien illustrer ces départs en faces Est.

 

Michel, quand tu veux pour nous en écrire d'autres... :D

 

(scans trop volumineux supprimés)

Edited by JNV

Jean-Noël Violette

How many here and now, who slip off to this place for the fun of it,

slide gently across to fly on air vastly simpler than ours, in different

sunlight, to work on flying-machines that in our time don't exist,

to meet friends and loves they've missed here?

Richard Bach, Out of my mind (De l'autre côté du temps)

http://marque-en-ciel.blogspot.com/

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Les pages scannées étant très difficiles à lire, voici en remplacement la version

"texte" (merci Omnipage, ça m'évite de tout retaper...):

 

"En revenant du Piémont", histoire ordinaire à lire un jour de pluie.

 

Août 84

Le vario est bien stable à deux mètres et demi, et depuis deux minutes j'ai baissé l'audio

qui me cassait les oreilles. L'air est d'un calme parfait; on pourrait vraiment croire à de l'onde,

si devant mon RV il n'y avait cette corde de soixante mètres qui me relie à un engin

sonore et peu élégant.

 

Je tapote l'altimètre pour l'aider à franchir 1000m. Nous sortons à l'instant d'un potage

sale et gris qui noie tous les fonds de vallée; la brume est épaisse aujourd'hui et les départs

de Challes seront bien difficiles pour les économes. Pour les autres aussi, du reste,

car la foi du vélivole, si grande soit-elle, ne suffit pas à mettre une base à ces cumulus effilochés.

Pas plus qu'elle ne suffit à faire monter les barbules qui accrochent l'Arcluz' dans la vallée de l'Isère.

 

Je me demande si mon investissement en remorqué sera bien rentable. Quinze cent mètres

derrière la Galoppe; quelques secousses, surtout ne pas larguer; il faut attendre encore un peu.

La Buffe maintenant à seize cent; un coup sec sur la poignée jaune, l'avion a plongé,

je rentre le train et le silence s'installe. Enfin libre!

 

Quelques secondes en ligne droite, la barbule est là, devant moi; la pompe aussi.

Elle est bien meilleure que prévu et me donne un deux mètres large et régulier.

J'essaie d'évaluer la distance qui me sépare du nuage, pas facile à apprécier ce plafond: 2000? 2200?...

Les chiffres sont magiques et je prie pour qu'il y ait 2000 ou plus

car je sais

qu'un bête plafond à 1950 mètres ternirait un peu mes espoirs.

 

En attendant de connaître à quelle altitude se chiffrera mon moral, j'observe 'les montagnes

qui tournent autour de moi. La situation est

bien classique

de cette fin de mois d'août. Les ascendances se déclenchent près des sommets dans l'air sec,

le long des belles falaises calcaires des Bauges. La couche convective n'a qu'une faible épaisseur

pour l'instant, mais les plafonds sont hauts. Je sais aussi que dans une heure, lorsque

les thermiques se renforceront, ils permettront l'établissement des brises qui amèneront

dans le massif l'air humide des fonds de vallée. Alors les nuages descendront et la porte des

Bauges se fermera. Il faut passer avant!

 

A 2150 mètres, quelques flocons gris passent sous mes ailes, je me laisse glisser vers le Colombier.

Ce qui n'était qu'une barbule il y a cinq minutes est devenu maintenant un cumulus

très appétissant et mon varie s'envole dans les aigus avec les premières pointes à 3 mètres.

 

Le Colombier est une montagne qui ne m'a jamais trahi le matin. J'en ai compris la raison

un jour de septembre, ou ma femme et moi sommes passés par là à pied. La fraîcheur

du matin au sortir de la voiture ne nous avait pas incités à emporter de grandes quantités d'eau.

Et puis l'eau c'est bien lourd à monter...

Ce sera sans doute le souvenir de la plus grande soif de notre vie: cette montagne

n'est faite que de cailloux brûlés par le soleil, fausse-ment dissimulés par une herbe rare.

Il n'y a pas la moindre trace d'humidité sur cette face Est. Par contre, si vous êtes amateur de

chardons argentés, l'endroit est fameux! Depuis cette expérience, je profite encore mieux

de ce thermique matinal, tant il me semble l'avoir mérité!

 

A 2400 le ciel s'obscurcit brusquement et je quitte vers l'Arcluse.

Il est à peine onze heures un quart. Ce qui est agréable le matin, c'est que l'air est calme;

à 140 mon AS2O ne dévie pas d'un centimètre de sa trajectoire; je sais que je ne sentirai pas

la moindre secousse jusqu'au prochain thermique.

 

Voici plusieurs fois que j'appelle Challes-starter sans succès. Aujourd'hui les copains n'y ont pas cru.

Un coup d’œil au Grand Arc qui vient de faire quelques barbules. Elles sont très basses et

disparaissent en partie derrière le versant Tarentaise. Toute la face Est de l'Arcluse est

également accrochée par des flocons laiteux et des filaments qui pendent sous les crêtes côté Isère.

Voici l'Arcalod. Une petite chute avant la crête, la masse d'air commence à s'organiser,

et j'enroule un deux mètres et demi agité au raz de la crête. Un couple de grimpeurs

surpris qui se lèvent, nous nous faisons de grands bonjours, et déjà je les abandonne

vers la Sambuy. Cette pointe est un passage clé pour les départs matinaux, c'est le dernier

endroit ou l'on trouve de l'air sec, et donc du plafond, avant le travers de Flumet.

La dernière station avant l'autoroute en quelque sorte!

 

Ce dernier plafond doit permettre de glisser devant la Belle Etoile et le Charvin dont les

sommets sont souvent encapuchonnés de nuages bas et très peu actifs, la proximité

du Lac d'Annecy alimentant ces montagnes en air très humide.

Je fais 2500 à la Sambuy, ce qui est carrément luxueux, et je mets le cap vers la Dent de Cons.

La face Est disparaît dans un cumulus dont la base -Si toutefois on peut appeler ça une base-

semble se situer vers 2000m. Ce nuage est assez développé et il me barre la route;

j'hésite un peu et décide de le contourner par le Nord. Mes pennes rasent les volutes

grisâtres et, curieusement, ça monte un peu; je renonce à comprendre car quelque

chose de beaucoup plus intéressant s'offre à ma réflexion: Je vois enfin le Charvin.

Du moins ce qu'il en reste... Il est enveloppé dans un nuage identique à celui que je viens

de contourner, et, lorsque j'y arrive quelques instants plus tard à 2100, je suis un peu plus

haut que la base. On a beau s'y attendre, c'est quand même mauvais pour le moral!

 

En fait le nuage monte très vite, car quelques instants plus tard, je me faufile sous la base.

Je reçois alors un peu d'énergie et j'avance. Et plus j'avance, plus je monte. Ce nuage

n'est pas plat du tout. Au pied de la pointe du Charvin je suis à 2200 et je tourne doucement

à gauche dans un grand cirque herbeux. Le cumulus qui m'aspirait s'arrête brutalement

au coin de la montagne.

 

Et là, c'est le miracle, je change de monde; devant, l'air est sec -c'est beau de l'air sec!-

le bleu du ciel est plus bleu, le blanc des nuages plus lumineux, les cumulus sont plats,

ils ont des bases grises et bien régulières; et les plafonds... 2400?...2500?, plus peut être.

Je suis redescendu à 2100 lorsque j'arrive sous le premier de ces nuages, et tout commence

par un 2 mètres en pente; puis 3 mètres; j'enroule maintenant et, en serrant un peu,

ça fait 4 mètres. Les falaises et les éboulis s'enfoncent très vite sous le planeur.

 

J'ai mérité mon premier sandwich! Je n'ai jamais réussi à manger proprement dans un planeur;

on ne se refait pas; et, lorsque j'arrive aux bases, je suis encore en train d'essayer de

récupérer les miettes qui se sont infiltrées partout. J'ai renoncé à boire un coup: la bouteille est

définitivement coincée par le siège, et si j’insiste pour l'attraper j'ai la certitude qu'elle viendra

sans son bouchon.

Cette excellente ascendance m'a monté à 2500 mètres et j'avance maintenant à cheval sur la crête.

Au Col des Aravis, les nuages sont encore plus hauts et une halte de quelques minutes

me hisse à plus de 2700. A moi la Suisse!

 

Je continue pour l'instant à suivre les Aravis au raz des crêtes, et, par le travers de la Pointe Percée,

je tourne à droite vers le Plateau d'Assy.

 

La Vallée de l'Arve, à une échelle moindre que les précédentes, favorise la pénétration

d'air humide à l'intérieur des massifs, et je ne suis donc pas surpris d'apercevoir les sommets

de la Crête des Fiz noyés dans un cumulus assez peu ragoûtant. Je passe les Aiguilles de Varens à 2100.

L'air semble mort et mon vario chante une mélodie bien triste. L'altimètre déroule tout doucement

jusqu'à l'extrémité de cette grande face Sud d'habitude si bonne. Je tourne à gauche et

m'engage bien bas sur le plateau, à l'Est de la Tête à l'Âne. J'avance sur la pointe des pieds,

appuyé à une petite barre rocheuse; il n'y a rien que des petits coups de zéro mètres cinquante

insaisissables, je n'ai plus qu'à ressortir. Le virage me coûte encore quelques mètres.

Cap au Sud vers la Pointe Noire de Pormena, je suis descendu à 2150.

 

Et là, tout doucement, ça repart, un mètre, un mètre et demi, le thermique est mou,

l'intégrateur se stabilise vers un mètre/seconde. Il n'y a pas d'alternative, les prochains

cumulus sont loin sur le Brévent; je suis contraint d'exploiter ce thermique, même s'il m'en coûte.

 

Un siècle plus-tard, j'arrive à 2500 et je me jette sur le Brévent. Au passage de la ligne de crête,

tout s'envole dans le planeur, puis la turbulence s'arrête, aussi brutalement qu'elle avait commencé,

pour laisser place à du -3. Je suis pourtant certain qu'il n y a pas de vent aujourd'hui.

 

Voici enfin le téléphérique. Je tire à la première secousse de l'ascendance, tant je suis certain

qu'elle est là. C'est bon, du trois mètres; je la serre avec un plaisir physique intense;

et plus je la serre, plus le vario s'envole; 2500, 2600... tout d'un coup, il n'y a plus que deux mètres,

puis un mètre, et puis plus rien. Pourtant le cumulus est encore loin. J'ovalise, je cherche,

mais c'est fini pour l'instant. Ecœuré, je passe un cran négatif et avance vers l'Aiguille

du Belvédère. Depuis une demi-heure, les choses ne sont pas simples, les thermiques

sont souvent mous et ils me lâchent en cours de route.

 

Enfin j'en trouve un qui accepte de m'emmener jusqu'aux bases, à 2900, dans un petit mètre et demi.

Et me voici au bord d'un grand trou bleu, il ne reste plus qu'une barbule à ma droite vers

le Glacier du Tour. Je vais y aller; de là-bas, je verrai un peu mieux ce qui se passe côté Suisse.

Le thermique du Tour est identique aux Précédents, mou et irrégulier; et au premier

coup d’œil sur la Suisse, je sais que ce ne sera pas pour aujourd'hui: l'air y est très sale

et les montagnes que j'aperçois sont entourées à mi-pente d'une fine bande de nuages gris et inertes.

Belle perspective pour un aller simple vers Sion! Ma décision est prise: je tire le portrait

du Col de Balme et je "plie les gaules", cap vers le Brévent.

 

Il est maintenant une heure moins dix; la journée ne fait que commencer. Je réalise

brutalement que depuis mon départ, je n'ai pas entendu le moindre crachotement dans ma radio.

Diverses tentatives sur les fréquences habituelles des Challésiens ne donnent pas de résultat.

Ils doivent être à table... Cette pensée de la cantine alors que je glisse par le travers de

Chamonix me parait tout-à-coup saugrenue dans cet environnement; ces réflexions

terre à terre n'ayant rien à faire à cette altitude, je les envoie de suite dans les basses couches!

 

L'angle Sud-Ouest du Brévent vient enfin de déclencher; c'est la meilleure adresse de tout le secteur.

L'ascendance fonctionne généralement du début de l'après-midi jusqu'à une heure avancée de la soirée.

Aujourd'hui il y a déjà un bon 3m/s large et régulier. Le rêve, en quelque sorte.

 

Le moment est venu de faire le point de la situation. Côté Aravis, les plafonds sont tombés,

et j'ai la quasi certitude, si je m'engage dans cette voie, de me retrouver au Grand Arc

à 1400 m et d'y passer le reste de l'après-midi. Plus au Sud, vers Megève, les matérialisations

sont rares, et les plafonds ne sont pas très hauts non plus, et puis je ne trouverai là-bas

que des faces Ouest, bien mal éclairées.

 

En fait, le seul cumulus vraiment appétissant (traduire par: haut, joufflu et à la base bien plate)

se trouve dans le Beaufortin sur la face Sud du Rocher des Enclaves. Il suffit d'aller là-bas.

 

Facile à dire! Il faut remonter tout le Val Montjoie (25 km) et sauter un col que j'estime

vers 2400 m, puisque ma carte, qui n'a jamais imaginé que je passerais à cet endroit,

ne m'en donne pas l'altitude. Même avec le plus beau des AS20, il est difficile de lutter contre

l'évidence des calculs. Les faits sont obstinés... Moi aussi!

 

Les pentes qui descendent du Mont Blanc, entre le Prarion et Tré-la-Tête sont encore

bien mal exposées à cette heure, mais les cailloux les plus au Sud portent de toutes petites

balises blanchâtres; et puis surtout je viens de faire 3000 tout rond au bout du Brévent

et mon moral affiche beau fixe!

 

Quelques secondes de vol à 150 pour sortir de la descendance du thermique et puis

je ralentis vers 100/110; le fil de laine bien centré.

A la Pointe de Tricot, juste sous les Aiguilles de Bionnassay, je retrouve 1 m/s. Je le prends,

il ne faut pas faire la fine bouche. Je le perds, je le retrouve; ça ne monte pas vite,

mais ça monte. A 2900, tout est fini et ça repart cap au Sud.

Un autre relais à la Pointe de Chaborgne: toujours de petites Vz, mais cette fois le plan est bon

et je pourrai passer le col à ma gauche, la ligne de crêtes qui me barrait la vue sur l'Italie

commance doucement à descendre, et elle me laisse apercevoir, sur son flanc Est,

des cumulus dont les bases semblent atteindre 3500m. Je commence à piaffer.

C'est là-bas que je veux aller, sous ces cumulus italiens! En attendant, ils sont trop verts

et bons pour des goujats.

Je saute le col et arrive sous le cumulus des Enclaves avec un moral en acier inoxydable.

 

Il n'y a rien! Pas le moindre positif; juste quelques plages de zéro assez chahuté;

je fais la pente en long et en large. Ce sont des bulles et je suis arrivé au mauvais moment.

Il n'y a plus qu'à se mettre en stationnement dans du zéro en attendant le prochain ascenseur.

Et le yo-yo commence, entre 2400 et 2500; un coup dans le zig, un coup dans le zag.

 

Un grésillement dans le haut-parleur, puis la voix hachée de Francine. C'est Pierre qui lui répond;

je le reçois beaucoup mieux.

-"Pierre, de nonante-neuf?"

-"Oui, nonante-neuf, cinq, où es-tu?"

-"Hé bien, j'ai viré Le Tour, et maintenant je me remets en l'air dans le Beaufortin, je pense

faire Aoste ensuite; et vous, ou êtes-vous?"

Je perds un peu le contact, mais je comprends que toute la mafia des Challésiens est maintenant

en l'air du côté du Gelas. Je me sens moins isolé d'un seul coup, car, comme beaucoup

de vélivoles, j'aime bien "causer dans le poste". Les ondes s'emplissent maintenant

de conversations et j'entends Gotz qui dit que " De toutes façons on finira tous au tas avant longtemps".

J'applique à ces propos le coefficient modérateur habituel, mais j'ai quand même l'impression

que les copains mouillent la chemise pour quitter le trou de Challes.

 

Ils ne sont pas les seuls, car moi aussi, je sue à grosses gouttes; j'en ai ras le bol de voir

la Gitte et Roselend toujours sous le même angle.

Enfin les choses se décident à évoluer ; Je viens de passer mon fuselage au ras d'un caillou tout pelé,

lorsque je me sens brutalement soulevé par l'arrière. Je botte à fond à droite, nonante-neuf

se met sur la tranche -Rien de trop pour spiraler, mais ça passera- On serre un peu- Les volets...

Mon vario qui n'a toujours pas compris n'indique encore que +1,5 m/s; mais je sais bien qu'il y a plus.

La bulle est partie, et moi avec. 2,5 ms; 3m/s; 4m/s; pour l'instant je ne cherche pas trop

à fignoler et je serre ma spirale comme une brute. Et ça donne, et je monte, 2600, 2700, 2800;

je desserre l'étau lentement, de peur de la perdre, mais l'ascendance est maintenant

puissante et stable à 3 m/s.

 

A 3100, les barbules arrêtent mon ascension. J'ai mangé mon pain noir, le Val d'Aoste est à moi!

Un bond par dessus le col du Bonhomme et, à la Pointe de Léchaud, j'entre par effraction

dans le premier thermique italien. La crête qui borde le Sud du Val Veni est couverte

par un immense cumulus. Quelques tours de spirale à Léchaud pour me dégager du relief,

puis je me laisse monter en ligne droite.

 

La face Sud de la "Catena del Monte Blanco" est beaucoup plus austère que le côté chamoniard:

la montagne y descend de manière abrupte et les vallées qui la bordent, le Val Veni et le Val Ferret,

sont beaucoup plus étroites. Le haut Val d'Aoste est un univers essentiellement minéral

qui n'est pas sans rappeler certains endroits du massif des Ecrins.

 

Je passe vertical Courmayeur à 3600m vers la Testa di Licone. Je connais cette montagne

pour l'avoir déjà exploitée une fois ou deux lors de nos stages d'été chez les Valdotins.

C'est une très bonne adresse que je vous conseille d'inscrire dans vos carnets intimes!

 

Plus quatre, et je refais 3600 en deux tours de spirale. Tout est bien balisé jusqu'à la Pointe Chaligne,

qui domine la ville d'Aoste; et j'avance maintenant à 160 avec un cran négatif. C'est l'autoroute!

Fidèle à son habitude, le Val d'Aoste change d'aspect quelques kilomètres à l'Est de l'aérodrome.

Là-bas, la brise a déjà ramené l'air humide des plaines du Pô et les plafonds descendent

de 2000m en l'espace de 10 km. Il serait bien imprudent de s'aventurer dans cette mélasse.

 

Je quitte la Pointe Chaligne, une photo d'Aoste, et je reprends aussitôt la route du retour.

Un chemin inverse me ramène au Bério Blanc sans difficulté. Il est 3 h moins 10 ;

j'ai encore le temps de traîner mes pennes le long des glaciers. Fn route vers la Vanoise!

 

J'éprouve toujours un soulagement à franchir les cols qui ramènent en France et c'est avec plaisir

que je vois passer le Petit Saint Bernard, 1000m en dessous de moi. Il faut bien dire que le prix

d'un dépannage, lorsqu'il faut l'exprimer en Francs suisses ou en Lires, a de quoi faire frémir

les plus endurcis d'entre nous. Vive la France, et cap sur les Arcs!

 

Et l'euphorie du retour au pays me fait faire un ânerie: Je me suis fixé Modane comme

dernier point de virage, et, au lieu de passer par Val d'Isère et l'Iseran -route qui m'aurait assuré

une masse d'air beaucoup plus belle-, j'ai choisi la ligne droite par La Plagne, Courchevel et

Val Thorens. Résultat, je merdouille aux Arcs à 3000 dans de l'air déjà un peu daubé!

Je quitte les Arcs, cap vers La Plagne. Il y a un petit truc à la Roche de Mio, mais le thermique

est insaisissable, il me part dans les doigts.

La station est bien vilaine, en cette fin d'été: le glacier de Bellecôte est couvert d'éboulis noirâtres;

la piste du Rochu, qui descend vers Montchavin, ne fait pas envie non plus, ce n'est que

de la terre et des cailloux.

 

Et me voici maintenant à 2800 sur la pointe de Méribel (c'est le contrefort du Gros Bec qui domine

Champagny). Ça repart lentement à 1,5 m/s. Ma carte indique que le Gros Bec culmine à 3403m;

j'en conclue que le beau pavé qui le coiffe doit être au moins à 3700. Il est aussi à cheval sur le

trait bleu qui délimite le Parc de la Vanoise. Je décrète l'épaisseur du trait utilisable par

le vélivole moyen, et je m'avance vers la grande muraille Ouest du Gros Bec.

 

J'y trouve le meilleur thermique de la journée. Quelques huits dans du 4,5 m/s, 5 m/s,

et je découvre la face Nord, recouverte de l'énorme glacier des Volnets.

Le premier tour de spirale au ras de la crête déchiquetée -juste pour le plaisir-

et une minute plus tard je suis à la base, à 3800m. En route pour Courchevel.

 

La traversée est longue et j'ai de nouveau le temps de penser aux copains: Il me semble

que la maison Hannhart est du côté des Aravis . J'échange quelques mots avec Gotz,

qui peste au Mirantin; et il me fait comprendre en termes choisis que les choses ne sont pas simples!

Je le crois volontiers,car je passe maintenant la Saulire à plus de

3000

sous de beaux cumulus qui ne donnent rigoureusement rien. J'abandonne avec mépris

ces faux frères et je continue vers les Ménuires.

 

Et me voilà une fois de plus planté à 2700 en vol de pente, sous de belles matérialisations

qui ne veulent pas de moi. Entre les Ménuires et Val Thorens, je reprends quelques mètres

dans un thermique en as de trèfle (comme dirait Francine), qui me laisse rapidement tomber.

Ça ne fait rien, je suis assez haut pour aller au fond du cirque de Val Thorens.

 

Et là, ça se met à grimper en pente, le long d'un beau glacier couvert de téléskis

(Si quelqu'un peut m'expliquer, je suis preneur!).

D'abord, il n'y a que 2 m/s, puis 3 m/s, et je refais le plafond à 3600m.

 

J'entends à l'instant Cartry qui dit que la Maurienne, "ça n'est pas mauvais".

Quelques secondes de vol, et je change de vallée. La Maurienne, c'est presque les Alpes du Sud,

la lumière y est violente et, sur les pentes, les Mélèzes ont remplacé les Sapins à partir de Saint Michel.

Et les pompes y sont bonnes!

 

Plan d'Amont, un beau barrage à l'eau bien bleue, et un thermique qui est une valeur sûre.

J'y refais 3600 et Modane est dans la boite. Le vol est terminé. Je quitte Plan d'Amont à 3600m,

il est plus de quatre heures et j'en ai marre. A cheval sur les crêtes de la Maurienne,

je me laisse descendre en même temps que le relief. Au Perron des Encombres, je croise

un Pégase qui spirale avec conviction. C'est le premier planeur que je rencontre depuis mon départ.

Belledonne à plus de 2200 et 180 au badin; je vais encore arriver verticale à plus de 1000m,

mais ça n'a pas d'importance…

 

Michel Bouillol

Edited by JNV

Jean-Noël Violette

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